Qui sommes-nous ?

Direction éditoriale

Antoine Boisclair vit à Montréal. Il est poète, essayiste, critique littéraire et professeur de littérature. Il a fait paraître en 2021 un essai intitulé Un poème au milieu du bruit (Éditions du Noroît). Il est l’auteur de deux recueils de poèmes: Solastalgie (2019) et Le bruissement des possibles (2011).

Chantal Ringuet est autrice, poète, traductrice et chercheure en littérature. Elle a publié plusieurs ouvrages sur Leonard Cohen, traduit Adrienne Rich et Marc Chagall. Derniers titres en poésie : Forêt en chambre (Éditions du Noroît, 2022) et Sans toi, jusqu’à la cime des arbres (Éditions L’Ail des ours, automne 2025).

Pourquoi Arrêt sur image?

Parce que tout bouge très vite et qu’il est devenu difficile, voire impossible, de ralentir le rythme, d’endiguer le flux des images, des informations, des désastres écologiques ou politiques. Parce que le temps nous manque pour observer les oiseaux, les arbres, les fleurs, les cailloux, les nuages, les craquelures de l’asphalte…

Nous proposons des « arrêts sur image » en offrant aux poètes la possibilité de porter leur attention sur une photo qui les inspire. Rien de plus simple, depuis l’avènement du numérique, d’accumuler les clichés et de les jeter dans une corbeille comme on se débarrasse d’un objet de consommation. Nous croyons que le poème peut compenser cette perte d’aura dont les images sont victimes. Nous croyons que la poésie et la photographie, peu importe ce qui les intéresse, partagent une même quête de présence. N'est-ce pas justement cette volonté de cristalliser l’instant qui incitait Roland Barthes à comparer la pratique du photographe à celle du haïkiste ? Les poèmes qui font le pari du sens et les photos qui répondent à un élan artistique reposent sur un même désir d’échapper au temps, à la nuit, à la mort. « C’est directement, a écrit Yves Bonnefoy, que la photographie influe sur ce que la poésie cherche à être ». Que cherche-t-elle ? Bien des choses, sans doute, et nous ne prétendons évidemment pas limiter l’objet de sa quête à un élément précis, mais plusieurs poèmes, qu’il s’agisse de haïkus ou de longues élégies, sont animés par un désir de présence susceptible de suspendre le cours du temps. « Une photo est à la fois une pseudo-présence et une marque de l’absence », remarquait Susan Sontang, pour qui l’éthos de la poésie moderne, animée par une recherche du concret, par un désir de révéler les choses sous un jour neuf, se rapproche davantage de la photographie que de la peinture.

Le titre de cette revue de poésie vise aussi à mettre en valeur le pouvoir de l’image littéraire, l’image mentale qui donne à voir ce qui est invisible à l’œil nu. Celle qui transcende l’esprit logique, la pensée conceptuelle, et permet d’appréhender le réel, de concevoir l’infigurable. La poésie « pense en images » comme on dit de certaines personnes qu’elles rêvent en couleurs. Elle donne à voir avec des mots, des métaphores, des comparaisons.

Peut-on imaginer une poésie sans image ? S’il est facile d’en abuser – pensons au surréalisme et à ses avatars –, on voit mal comment en faire entièrement l’économie. «J’aurais voulu parler sans images», écrivait Philippe Jaccottet, qui appelait de ses vœux – tout en reconnaissant le caractère utopique de son projet – une poésie dénuée de métaphores. Il arrive aux images de «voiler au lieu de révéler», remarquait à juste titre le poète. N’est-ce pas le même constat qui, à la même époque, orientait l’écriture de Marie Uguay vers le corps, le concret, le réel ? Son intérêt pour la photographie semble du moins indissociable, chez elle, d’un désir de présence. Il faut «être toujours confronté à des faits, affirme-t-elle dans son Journal, des faits photographiques, des évidences, pour éloigner la métaphore, le symbole». Écrire des poèmes «selon un procédé photographique», suggère-t-elle ailleurs, revient à démontrer que «le réel est non ailleurs en un autre temps, mais pointé ici même».

Nous souhaitons également nous « arrêter » sur des publications qui, trop souvent, passent inaperçues dans notre environnement médiatique. Des recensions critiques accompagnent donc chaque numéro et visent à rappeler que la création est indissociable de la réflexion. Nous désirons faire de cette revue un lieu propice aux échanges, à la stimulation intellectuelle.

Arrêt sur image, enfin, est une revue numérique québécoise ouverte à la francophonie et à la littérature mondiale. La traduction – celle qui permet à une photo d’accéder à la parole et celle qui offre au poème la possibilité de circuler d’une langue à une autre – loge au cœur de notre projet. Arrêt sur image publie trois fois par année des poèmes provenant de différents horizons, des poèmes qui témoignent d’un désir forcément inassouvi d’accéder à ce que l’image photographique contient de définitif. Des poèmes qui voudraient durer.