Photo: David Dielen
NOCES
On entend un grondement dans la ville, c’est une naissance qui déchire l’enveloppe la plus dure, le goudron froid de l’hiver. Une racine traverse le bitume comme le pic fend la glace d’un lac gelé. Pourquoi l’un serait-il plus inconcevable que l’autre ? La racine ne conquiert pas la rue ; elle est une apparition amicale, un signe, un salut qui enlace l’arbre voisin, le passant, tout ce qui l’entoure et l’éreinte. Nulle revanche prise sur la ville ni explosion de colère ; rien n’est moins vrai pour ce qui demande seulement plus d’air, plus de lumière. Que faut-il espérer maintenant si ce n’est une toile étirée au-dessus du bois, entre les deux arbres, le temps que la racine prenne à l’ombre un peu de repos, et ne boive pas trop vite cette eau trouble qui déjà la rattrape ? Restent les craquements sans bruit du trottoir, un espace morcelé qui, peut-être, ouvrira le passage encore étroit à d’autres racines libérées de plus vastes souches, perdues, noircies, figées depuis trop longtemps dans la terre, et qui n’osent, encore, retirer leur corset, passer la grille en fonte. Il faut être depuis longtemps assis là pour comprendre qu’on est à la noce.
Poète, éditeur, David Dielen crée en 2024 la revue d'éco-poésie Les Haleurs. La même année, il est l'auteur d'un premier recueil de poésie : Flottement sur la rive, sous-titré Narcisse parmi les eaux. En 2025 et 2026, il est l'invité d'honneur du Festival des Arts poétiques Reska Ni Kalamu, à Mayotte.