Photo: Louis-Jean Thibault

Louis-Jean Thibault est poète et professeur de littérature. Dernier titre: Entre vifs (Le Noroît, 2025).

Dans la Vallée de feu

Cinq notes et un poème

1

Perte de réseau

Dans le désert

Enfin

Quelque chose

Qui cède

2

Nous perdons le signal

Nous gagnons

Beaucoup d’espace

Et de chaleur

3

Les sillons d’une paroi

Semences de millions d’années

Nous prenons des photos

Nous perdons de vue

Ce qui nous éblouit

4

Nous rangeons nos appareils

Le rouge flamboyant des roches réapparaît

Notre œil :

Un peu moins dispersé

5

Demain

La vallée sera encore là

Pas nous

Peut-être un peu

De nos regards

Dans sa lumière

Vous étiez seuls et sourds : des spectres silencieux.

Votre immobilité avait atrophié

Vos paroles et vos os. Sur les dures parois

De vos chambres fermées défilaient les fictions

Dont se nourrit le monde. Alors, à vos côtés,

Nous sommes apparus pour briser vos jouets

De verre, pour brûler vos autels numériques,

Pour le descellement de toutes les fenêtres.

Nous vous avons conduits jusqu’ici : approchez.

Comme un premier matin devant vous se dresse

Une vallée. Ce vent qui se lève là-bas

Entre les sables rouges et le soleil pressant

Est bien réel. Il souffle et dissout vos données,

De la base au sommet. Vous voici sans défense,

Retournés, mis à nu. Afin de vous nommer,

Il reste les sillons ouverts de vos visages

Et ces blocs de pierre à vos pieds. Sachez-le :

Ils possèdent une très vieille mémoire, aride,

Réveillée par le clair écoulement des jours.

Levez les yeux, ici le bleu profond du ciel

Et la soif ardente font éclore encore

De rares fleurs, des mots nouveaux même si

Le sol s’est asséché, la confiance depuis

Longtemps fissurée. Il vous faut joindre les mains

Pour pétrir, façonner. Vous voilà devenus

Silex, feux allumés dans le vaste horizon,

Hommes tout simplement, éblouis qu’il y ait

Toujours et malgré tout ce mystère : un dehors.