Photo: Mathieu Simoneau
Dernièrement, j’ai visité une île qui respire.
Il suffisait de détendre ses poumons et de laisser entrer la lumière à grands battements d’oiseaux rassemblés.
Le soleil avait d’autres visages et les rencontrait chaque jour pour la première fois dans ce fleuve qui, dit-on, passe toujours sans revenir sur sa parole.
Pour s’y rendre, il faut s’embarquer sans penser au retour, chevaucher une marée qui compte ses mots, a sa propre métrique, et accepter en soi la pénétration du sel et des oies de toutes parts qui se mélangent.
À ce point du récit, on n’y est même pas encore, mais des bouillons d’eau turbide nous remuent déjà. Un littoral nous attend, des herbes jaunes et vertes pétrissent leur boue, remâchent leurs rhizomes et le marais se salinise, change la teneur de nos attentes.
Des clartés inconnues nous appellent, on se prépare sans le savoir à des rencontres inscrites dans les plis rocheux du rivage.
Mathieu Simoneau est un poète qui vit à Québec. Parmi ses récentes publications: Par la peau des couleuvres (Noroît, 2019), Des longueurs dans le crépuscule (Noroît, 2023).