Photo: Isabelle Liv

L’AUBE D’UNE PAROLE

Dans ma respiration tout un théâtre
S’éveille et meurt mais en secondes
C’est quelque chose et qui insiste
Et chaque fois nouveau
Comme un refrain à peine une chanson
Un vent qui passe et se demande

***

En redressant des torts ou bien des noms
Le corps devient journal de l’impatience
Il perd la certitude de ses sources
Alors surgissent des troupeaux de vents


La mort d’une phrase est toujours obscure
Elle contient les choses leurs reflets
Mais amoindris mais inodores
Et éclatés
Comme des croix dressées sans ombres

***

Quel est le poids
Des phrases retenues ?
Que peut la pierre
Qui les recouvre ?


Une couleur qui excède son encre
Teint le ciel et la terre
De manière soudaine

Dans quelle langue se parlent les morts ?

Ici demeure l’interdit
Les lèvres bord à bord
Pour coudre l’impatience

***

Et ces doigts qui désignent
À la fenêtre borgne
L’aube le silence son poids
Tout ce qui rend coupable le moment…

Faut-il craindre celui
Qui chasse les nuées
Le vent froid son faux témoignage ?

L’agitation d’un arbre dans le vent
Ce serait faux de dire qu’il cède
Il prononce juste sa phrase d’air

En déblayant le ciel
Il a soufflé une promesse
La dissidence d’un hasard
Ce quelque chose de bleu qui dort dans ta main

Alexis Bardini vit et travaille à La Rochelle. Il est poète et membre de la revue « la forge » (Corlevour). Dernière publication : Ressacs (Gallimard)

Isabelle Liv vit et travaille en Ardèche. Elle est photographe-autrice. Dernières exposition et publication : Zeus quelque part (Château du Pin/Éditions du Pin à Fabras, 2025).