Crédit: Vincent Lambert
DÉMANTIBULER DOUCEMENT
Voulus par le oui
de notre infiniment
nous sommes.
Je cherche du monde.
Il faut repenser
la notion d’empire
à travers le oui
d’ouvrir les mains.
Oui
à l’empire qui nous voit, qui fait
que, bon, on existe.
Je cherche du monde
à coopter
comme les arbres, si
on leur donne le temps.
Mais je n’ai pas de cheval.
Mais j’ai une chatte
nommée Misère
et son pelage est unique
comme dix lignées de chats
en fusion.
Ça gronde autour
de nous, au loin
et je ne sais pas pourquoi.
Personne
ne sait mais c’est comme si.
Des moteurs sûrement,
des formes de vies
venues d’ailleurs
pour nos restants.
La saison finie on en profite
dans les champs pauvres.
On ne s’endormira jamais
dans un paysage éteint.
Un courant de fond
que nous connaissons bien
nous réveille et nous rendort
huit heures en ligne obligatoire
depuis qu’on a divisé le jour
en trois parts égales.
Mon père disait : je me tue
à l’ouvrage et moi
je passe mon temps
à me clarifier,
je recommence à écrire me recommence
content comme au premier jour
en souliers dehors après
longs mois d’hiver.
On connaît ça
les humains du nord
débordant de mots
pour nos sombres enfants :
une brève histoire de la colère
et de l’amour à genoux,
notre lumière aspirée
entre les branches
de la complexité totale.
La poésie je la vois presque,
en tout cas je la sens
dans mon rembourrage.
La boîte brisée
de la musique poche
et sincère
de mon ventre.
Un jour ma blonde m’a dit
je viens de la nature.
Que la nature fasse pousser
des gens comme elle et Réjean
Ducharme est un prodige.
Notre univers est assez fou
pour aboutir à penser.
Je vais avoir quarante-six ans
la semaine prochaine et mes mains
se cherchent encore (désolé
mes mains sont impressionnantes).
Elles vont ensemble et ne se parlent plus.
Ne savent pas prendre et voir
en même temps.
Mes mains sont faites pour aimer
les foreurs de trous.
Les pierres volantes
contre la fenêtre
et les seins pointus
de l’abondance.
Je n’ai plus vingt ans
dit mon voisin de table
mais mon gilet bleu me fait encore.
Ma vie est mon précipice
pour la bière et les papillons.
Je voudrais juste que
chaque humain renaisse
au silence.
On parle trop
parce qu’on empile.
On garde sûrement
le beau
pour la fin.
Vincent Lambert est l’auteur des livres de poésie La troisième à partir du soleil (prix Alain-Grandbois) et Mirabilia, parus au Quartanier. Il publie aussi de la poésie pour les jeunes. Avec Jean-Philippe Dupuis, il a réalisé le documentaire Mains d’œuvre, composé d’entretiens avec des figures marquantes de la poésie québécoise. Ses chroniques écrites pour la revue L’Inconvénient ont été rassemblées dans un recueil d’essais paru chez Boréal, Introduction à la vie sans fin. Il vit à Saint-Philémon.